En ce jeudi 20 mars 2025, journée internationale du bonheur (instituée par l'ONU en 2012, et dont la première édition a eu lieu le 20 mars 2013), voici ma publication du jour explorant les liens entre la bienveillance et le bonheur dans l'édition 2025 du rapport mondial du bonheur publié par l'ONU.
J'ai consacré sur mon blog lesverbesdubonheur.fr l'article 20 mars 2025 : journée internationale du bonheur aux principaux enseignements de ce rapport.
Dans le présent article, je traite plus en détails deux points qui m'ont particulièrement marqué en matière de bienveillance dans ce rapport :
- La sous-estimation de la perception de la bienveillance que l'on peut attendre d'autrui, et les actions que l'on peut mener pour une faciliter une plus juste estimation,
- 3 conditions pour que les actes bienveillants soient plus bénéfiques pour le bonheur (ou bien-être psychologique pour qui le mot "bonheur" serait urticant)
Le travail sur la perception du niveau de bienveillance d'autrui
Je commence par deux extraits, traduits à l'aide de Google Translate :
Extrait 1 : "Notre bien-être dépend de notre perception de la bienveillance d'autrui, ainsi que de sa bienveillance réelle. ... Or les gens sont beaucoup trop pessimistes quant à la bienveillance d'autrui ... les gens peuvent être inutilement malheureux en raison de leur pessimisme injustifié. Puisque nous sous-estimons la bienveillance d'autrui, notre bien-être peut être amélioré en étant informés de sa véritable bienveillance"
Extrait 2 : "De nombreux jeunes adultes sous-estiment l’empathie de leurs pairs, ce qui les conduit à éviter les liens avec les autres et à manquer des occasions de nouer des relations significatives.
Heureusement, il existe des interventions qui peuvent combler ce « déficit de perception de l'empathie » en informant les jeunes adultes sur l'empathie de leurs pairs. Les étudiants de premier cycle qui ont bénéficié de ces interventions ont perçu les autres comme plus empathiques et étaient plus susceptibles de nouer de nouvelles relations et de développer des réseaux sociaux plus larges"
On peut constater dans ces deux extraits, deux couples constat/solution très similaire. En effet, que ce soit pour la population générale en matière de bienveillance, ou pour la population des jeunes adultes pour l'empathie (que je vois comme un composant de la bienveillance), apparaissent :
- le constat d'une sous-estimation ou d'un déficit de la juste réalité de ce que l'on peut attendre en matière de bienveillance d'autrui ; autrement dit : je sous-estime la bienveillance que tu pourrais avoir envers moi
- un enjeu et un axe d'intervention qui apparaissent : travailler sur la perception du niveau de bienveillance que l'autre a ou aurait envers soi ; autrement dit : on peut m'aider à découvrir que les autres sont en réalité bien plus bienveillants que je l'imagine, ce qui va me faciliter à nouer des relations et à enrichir ma vie sociale.
De nombreux jeunes adultes sous-estiment l’empathie de leurs pairs et ont des croyances erronées sur les autres. Ils sous-estiment aussi leurs propres émotions et les bénéfices qu'ils pourraient obtenir d'interactions sociales. Conséquence négative : ça les conduit à éviter les liens avec ces pairs (aversion au risque social) et à manquer des occasions de nouer des relations de proximité. D'où le risque d'isolement et d'impact négatif sur le bien-être psychologique et et la formation d'un cercle vicieux.
Je suis convaincu que ce cercle vicieux est également valable pour toutes les classes d'âge et plus globalement pour la sous-estimation de la perception bienveillance, au-delà de la seule empathie.
Selon moi, un autre enjeu est corrélé à la bienveillance : celui de la confiance. Le déficit ou une sous-estimation de la confiance ayant un impact négatif sur le bien-être psychologique, au même titre donc que pour le déficit ou la sous-estimation de la bienveillance. En sous-estimant la bienveillance d'autrui, on sous-estime aussi la confiance que l'on peut avoir, avec un cercle vicieux qui peut dégrader à la fois le bien-être et la vitalité des liens sociaux.
Le travail de modélisation que je réalise sur la bienveillance et la promotion d'une
Société et des Territoires de la bienveillance vont dans le sens d'
établir une juste perception de la bienveillance entre les personnes, mais aussi entre collectifs, et entre individus et collectifs.
Pour reprendre un des enseignements du rapport, le développement de la bienveillance passe donc notamment par la combinaison de deux grands types d'actions :
- Les actions visant à (re)donner à la bienveillance ses lettres de noblesse et en particulier en faisant prendre conscience que le niveau de bienveillance de nos congénères est en réalité supérieur à celui qu'on pense. Concomitant à cela, il y a à travailler sur la perception de la coopération VS celle de la compétition.
- Les actions visant à développer les actes de bienveillance dans toutes les sphères de vie, et à toutes les strates de la société (et il y a encore plus de boulot depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, il suffit de le constater).
Concernant les actions sur la perception, le rapport de l'ONU évoque trois types d'intervention :
- Des interventions pour informer sur les distorsions communes en matière de perception de la bienveillance d'autrui ; autrement dit : les personnes sont en général beaucoup plus bienveillantes que je le pense. Et par effet miroir, les personnes sous-estiment la bienveillance que je pourrais avoir envers eux ; ce qui pourrait expliquer quelques fois que j'ai l'impression que l'on ne me fait pas suffisamment confiance pour soutenir autrui
- Des interventions incitant à "prendre le risque" de créer du lien social ; autrement dit : on me tend la perche par exemple pour lier connaissance avec quelqu'un dont je pourrais penser qu'il ne me trouve pas sympathique, ou alors pour prendre la parole en public.
- Des interventions visant à renforcer les communautés, et notamment dans la prise de conscience que l'empathie est une ressource puissante, mais sous-utilisée, pour la santé mentale et le bonheur (et j'ajoute pour la vitalité de la communauté ou du collectif).
Puisque moi-même je considère avoir progressé à la lecture de ce rapport pour réduire mes propres distorsions sur la perception de la bienveillance potentielle d'autrui, je vais vous relayer ce que j'ai appris, procédant par la même à une forme d'intervention pour informer mes lectrices et lecteurs sur un exemple concret donné dans le rapport qui a fait l'objet de plusieurs expériences et études dans le monde : les portefeuilles perdus, reviennent-ils à leur propriétaire ?
Je donne quelques chiffres issus du rapport pour prendre conscience en quoi l'être humain est "beaucoup trop pessimiste quant à la bienveillance d'autrui" selon les termes du rapport. Ils concernent des expériences où des chercheurs ont fait mine d'oublier des portefeuilles dans divers endroits et ont mesuré le taux de restitution par des inconnus. Ces taux de restitution ont été comparés par rapport à des enquêtes menées sur la population avec une question du type "Quel pourcentage de portefeuilles perdus dans la rue est restitué à leur propriétaire par des inconnus ?".
Et en effet, la population est largement trop pessimiste : le taux de restitution constaté est en moyenne deux fois supérieur au taux attendu. A Toronto, l'expérience a montré un décalage encore plus important : le taux de restitution estimé était de 23 % et le taux de restitution expérimenté de plus de 80 %, autrement dit une inversion de tendance : la bienveillance en la matière estimée était largement pessimiste, alors que la bienveillance constatée était largement présente.
Quel est le taux moyen de restitution en moyenne dans le monde, avec une grande diversité tout de même selon les pays, et notamment le taux de pauvreté : plus de la moitié des portefeuilles sont restitués par des inconnus à leur propriétaire, avec une décomposition qui vous paraîtra peut-être contre-intuitive :
- 40% des portefeuilles vides sont restitués,
- cela monte à 51%, quand le portefeuille contient une petite somme,
- et on monte encore plus : 72% quand le portefeuille comporte une somme importante.
Ces chiffres proviennent d'une expérience de 17 000 portefeuilles volontairement perdus dans 40 pays, la plupart dans des grandes villes.
Je signale en passant deux cas, là aussi contre-intuitifs : des portefeuilles "perdus" au Vatican et dans deux bureaux anti-corruption n'ont pas été restitués.
Je poursuis avec ma propre réflexion : quelles peuvent être les motivations, éventuellement combinables à restituer un portefeuille ? J'en vois quelques-unes :
- l'empathie, et pas seulement sur la question financière (papiers d'identité, cartes en tous genres, photo souvenir, valeur sentimental de l'objet, ...)
- ne pas vouloir être suspecté d'être un voleur,
- la morale,
- la peur d'avoir été repéré par quelqu'un,
- se projeter dans la situation de perdre son propre portefeuille,
- l'espérance d'avoir une récompense si le portefeuille comporte une somme importante,
- connaître le propriétaire du portefeuille,
- l'évidence : il appartient à son propriétaire,
- la pression sociale : les proches autour de soi poussent à restituer le portefeuille,
- ...
Je ne vais pas plus loin sur une décomposition des motivations, car cette liste constitue une bonne transition pour la deuxième partie de cet article.
3 conditions pour amplifier l'impact des actes bienveillants sur le bonheur de celui qui les réalise
La rapport identifie 3 conditions pour amplifier l'impact des actes bienveillants sur le bonheur du donateur. Elles sont listées ci-dessous, puis je vais les détailler :
- Relations bienveillantes.
- Choix.
- Impact positif clair.
En anglais, les 3 C : Caring connections, Choice, and Clear positive impact
Relations bienveillantes
Le rapport insiste particulièrement sur les relations à l'intérieur de "communautés bienveillantes" et la capacité à dépasser une bienveillance qui pourrait se limiter à être exclusive (moi envers mes proches, moi envers ma communauté).
Mais déjà, un premier enseignement qui ne date pas d'hier mais qui mérite d'être répété : être bienveillant avec autrui, c'est bon pour autrui, et c'est bon pour celle/celui qui est bienveillant(e), avec des impacts positif sur la santé physique, psychologique et sociale.
Contribuer à une communauté bienveillante où la frontière entre « donneur » et « bénéficiaire » s'estompe - car chacun assume régulièrement les deux rôles au fil des interactions - augmente encore plus les impacts positifs. Et personnellement, en tant que membre d'un RERS, Réseau d'Echanges Réciproques de Savoirs (cf article
Voir et donner à voir | Exemple : les RERS, des pratiques de bienveillance, je mesure encore plus les bénéfices de cet engagement.
La rapport passe en revue plusieurs voies psychologiques qui permettent d'élargir la bienveillance communautaire à une bienveillance généralisée, ce qui permet d'envisager des communautés plus larges, une peu façon poupées russes, allant de notre immeuble ou quartier jusqu'à l'échelle planétaire :
- Les traits de personnalité bienveillants, tels que la compassion ou l'altruisme. Les personnes dotées de ces traits ont une pratique gagnant-gagnant (bienveillant envers autrui et envers soi-même) et ne limitent pas leurs actes de bienveillance à leur communauté ou aux personnes qu'elles connaissent.
- L'élargissement par l'expérience : il s'agit de la constitution d'un cercle vertueux : je fais l'expérience d'un acte bienveillant envers autrui en dehors de ma communauté, cela me fait du bien, et cela me donne envie de recommencer.
- L'intention première altruiste : les comportements prosociaux ne sont pas toujours forcément amenés par une motivation altruiste. Ils peuvent aussi être mus principalement par une motivation personnelle ou extrinsèque. Auquel cas, les impacts sur le bonheur sont moindres.
Cette façon d'élargir l'empathie, la compassion, la bienveillance représente un enjeu central selon moi, à la lecture du livre
Human psycho de Sébastien Bohler qui met le doigt sur un
risque important de l'empathie quand elle est exclusive à sa communauté : celle de s'autoriser à des actes de malveillance ou à de l'indifférence des autres communautés, qui dans le pire des cas, sont considérées comme "ennemies", à combattre, voire à détruire, au niveau collectif et/ou individuel.
Choix
Dans une communauté bienveillante, diverses façons de s'entraider existent et cette diversité est aussi importante que la possibilité de pouvoir choisir parmi ces façons, celles dans lesquelles on se projette et on se sent le mieux. Un acte bienveillant choisi plutôt qu'imposé ou/et contrôlé apporte une satisfaction, un sens et un bonheur plus importants.
Toutes les situations ne se prêtent pas forcément à laisser le choix sur l'acte, la temporalité, les conditions, ... Mais, même si la situation est contrainte, toute marge de manœuvre donnée est bénéfique.
Impact positif clair
Avoir un retour tangible sur les impacts de nos actes bienveillants est un facteur clé à la fois :
- pour le sentiment d'efficacité,
- pour les impacts positifs sur les émotions et sur notre bonheur,
- sur le renforcement de la pratique bienveillante.
Et c'est vrai également en amont dans le choix de la cible de la pratique de la bienveillance : on peut trouver plus de motivation à aider une personne donnée, avec qui on va créer une relation directe, plutôt qu'un ensemble de personnes anonymes qu'on ne rencontrera jamais.
Et je termine sur cette question par un enjeu central que je vois : celui de la conjugaison de l'appréciation et de la gratitude qui permettent à un donateur de bienveillance un retour (feedback) positif de la part du bénéficiaire. Et en cela, cet enjeu est aussi gagnant-gagnant puisque des études de psychologie positives ont montré que la gratitude est contributive au bonheur de celui qui ressent la gratitude, le tout formant un processus particulièrement vertueux :
- Je suis bienveillant avec toi : ça fait du bien à toi et à moi
- Tu apprécies ma bienveillance : ça te fait du bien
- Tu ressens de la gratitude : ça te fait du bien
- Tu me remercies : ça me fait du bien et ça te fait du bien
- Ca renforce notre relation, notre proximité (effet de renforcement) : ça nous fait du bien
- Ca me donne envie de persévérer (effet de renforcement) ET ça te donne envie de jouer la bienveillance réciproquement, sous une forme ou sous une autre (effet de réciprocité)
- Ca peut te donner envie de jouer la bienveillance avec d'autres personnes ET cela peut inspirer des témoins de notre interaction (effet de contagion)
En un schéma :
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire